Nouvèl FOKAL

mercredi 23 février 2011

Récit d'échanges et de découvertes à Tulle



L'arrivée


J’ai vu la France, elle n’était pas bleue…


C’est ce souvenir lointain qui m’est remonté à l’esprit en sortant de l’aéroport Orly à Paris: enfant, j’ai reçu en cadeau une paire de lunettes venant de France. Après l’avoir portée, je voyais tout bleu et avais conclu que la France était bleue. Aujourd’hui, 16 novembre 2010, 11h du matin, j’ai la France en face de moi, elle est grise, blanche, tout sauf bleue.


Deux mois plus tôt, j’ai accepté une invitation de l’Association des bibliothécaires Français (ABF) et ses partenaires, Bibliothèques sans frontières (BSF), la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), la communauté de la commune Tulle de et cœur de Corrèze, à effectuer un stage de deux mois à la médiathèque intercommunale de Tulle. Cette opportunité offerte entend d'une part, contribuer à la formation des bibliothécaires haïtiens, et d'autre part, leur donner l'occasion de se ressourcer un peu après le seisme du 12 janvier 2010. J’ai été le premier reçu dans le cadre de ce projet qui prévoit d'en accueillir d’autres. Ma mission était de participer à la vie de la bibliothèque et d'identifier les approches qui peuvent être adaptées positivement aux bibliothèques haïtiennes.


Un Haïtien dans la ville


Le jour de mon arrivée, un pot d'accueil m'a été offert à la médiathèque intercommunale de Tulle en présence de la presse, des élus locaux et d'autres invitéé. Dès le lendemain, toute la ville semblait au courant qu' il y a un Haïtien dans les rues de Tulle. Un Haïtien fraichement arrivé d'Haiti, donc, un survivant du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Un Haïtien qu'il faut à tout prix rencontrer. Il est détenteur d'informations chaudes sur l'île écrasée presentée par les médias. J’ai été très touché par cet élan de solidarité envers Haïti. 


Tulle : une leçon de gestion de la mémoire


Tulle, comme beaucoup de nos villes est une ville martyre. A la fin de la deuxième guerre mondiale, le 9 juin 1944, les Allemands y ont commis un massacre. 99 jeunes hommes furent sauvagement pendus par les SS (membres de la Schutzstaffel, littéralement “escadron de protection”, l'une des principale organisation du régime nazi) de la division Das Reich sur l’ordre du général Lamerding. 150 autres personnes ont été deportées au camp de concentration de Dachau, dont 101 ne seront jamais revenues. 


La ville a su conserver les noms des 99 pendus et des 150 deportés. Le jeune Tulliste n’est pas obligé d’aller fouiller dans les livres pour être au courant de ce drame. Une stèle, une place publique, une plaque, une rue, la ville trouve toujours un petit coin où aménager un carré d’hommage à ses martyrs. Elle refuse que leurs mémoires s’enfouissent dans l’oubli autant que leurs corps ont été broyés par les mâchoires voraces de l’injustice et de l’absurdité. Les noms des 99 pendus et des 150 deportés sont gravés sur une plaque au Champs des martyrs.


La cellule du général


Le moment le plus fort de mon séjour était ma visite du fort de Joux où est mort le général Toussaint Louverture, le précurseur de l'indépendance d'Haïti. Pour une fois, les discours s'ecartent de l'actualité immédiate, pour être portés sur l'histoire combien passionnante d'Haiti. Toussaint Louverture est au centre de toute la communication autour du fort. Sa mort est le fait le plus important à y avoir eu lieu et on y trouve une exposition sur la vie de Toussaint Louverture. On trouvera dans la petite boutique des cartes postales avec le portrait et la cellule du général. Aujourd'hui, le fort est sur la route de l'esclavage à cause de ce fait et reçoit 60 000 visiteurs chaque année. Combien de touristes visitent Breda, où il est né ?

Une véritable expérience d’échange


Dans les premiers moments qui ont précédés l’invitation, je ne savais pas trop ce que cette expérience allait être, ni quelle forme elle allait prendre. Dès mon arrivée en France le 16 novembre 2010, je me suis vu intégré dans une véritable dynamique d’échange. J’apprenais beaucoup de mes interlocuteurs qui eux aussi cherchaient à apprendre de moi. Tout le monde cherchait à découvrir une autre facette d’Haïti que celle projetée par les médias. Ils voulaient découvrir sa littérature, sa culture, son histoire, sa peinture, ses danses, etc. Et moi je m’intéressais à d’autres valeurs de la France.